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Scripto. Histoire du graphisme avant la modernité

Présentation

abstract

Le graphiste, le designer graphique, le typographe semblent apparaître avec la notion toujours complexe de modernité, en tout cas avec le mouvement d’une industrialisation plus consciente d’elle-même. C’est ce que soutient le grand défenseur de la modernité, l’historien de la typographie Robin Kinross, lorsqu’il situe les débuts de la « modern typography » au XVIIe siècle. Mais est-ce à dire qu’on ne puisse parler de graphisme avant l’institution de cette modernité et de cette pratique du graphiste, du « graphic designer », du typographe désignés en tant que tels ? C’est à cette question intempestive qu'investit Thierry Chancogne, enseignant et théoricien du graphisme, en tentant de repérer les moments de rupture de phase de l’histoire longue de cette discipline avant même qu’elle ne soit reconnue comme telle. Après un premier temps et premier mouvement de cette « histoire du graphisme avant la modernité » consacré à l’âge du rêve et du mythe, « Mûthos » (Franciscopolis, 2018), Chancogne qui repère 3 temps et 5 mouvements à cette histoire, livre ici, en une vingtaine de chapitres, le second mouvement de son second temps. C’est pourquoi l’entièreté de sa contribution se nomme « Histoire du graphisme avant la modernité en trois temps et cinq mouvements. Second Temps. Avec l’écriture. Second mouvement. Scripto. ». Il sera question dans cette ligne Problemata, à partir des matériaux les plus divers que l’auteur aura pu rencontrer – artistiques, techniques, éthologiques, anthropologiques, psychologiques, archéologiques, etc. –, d’envisager la graphie avec le nouveau temps de l’apparition de l’écriture, et un nouveau mouvement, « Scripto ».

Fig. 1 Le graphiste, le designer graphique, le typographe semblent apparaître avec la notion toujours complexe de modernité, en tout cas avec le mouvement d’une industrialisation plus consciente d’elle-même. C’est ce que soutient le grand défenseur de la modernité, l’historien de la typographie Robin Kinross, lorsqu’il situe les débuts de la modern typography au xviie siècle, alors que l’artisan imprimeur sort de son atelier noir pour prendre le recul réflexif du libraire qui édite des contenus ou du typographe qui réfléchit sa pratique dans des manuels professionnels1 Fig. 2.

Mais est-ce à dire qu’on ne puisse parler de graphisme avant l’institution de cette modernité et de cette pratique du graphiste, du graphic designer, du typographe désignés en tant que tels ?

C’est à cette question intempestive que veut s’attaquer cet essai, en tentant de repérer les moments de rupture de phase de l’histoire longue de cette discipline avant même qu’elle ne soit reconnue comme telle Fig. 3.

Fig. 4 Après un premier temps et premier mouvement de cette « histoire » consacrés à l’âge du rêve et du mythe, Mûthos2, il sera question ici, à partir des matériaux les plus divers que l’auteur aura pu rencontrer – artistiques, techniques, éthologiques, anthropologiques, psychologiques, archéologiques, etc. –, d’envisager la graphie avec le nouveau temps de l’apparition de l’écriture, et un nouveau mouvement, Scripto.

Un temps et un mouvement plus ou moins avancés de la rencontre du visuel et de la langue qu’on appelle texte, écrit, inscrit, littérature, mais peut-être encore, ou toujours déjà, graphisme Fig. 5.

Fig. 6 On répètera, pour ce deuxième mouvement de cette « histoire », la formule populaire arrangée – ainsi que le titre des plus longs qui soient – de deux temps et cinq mouvements. Même si l’auteur veut défendre ici une extension du domaine de l’écriture. Même si ce qui est sans doute imprudemment appelé histoire s’intéressera, comme l’Histoire, à ce qu’on peut dire d’un événement passé, mais sans ses compétences strictes ou sa rigueur méthodologique Fig. 7.

Les deux temps de cet essai seront marqués par les catégories traditionnelles d’une « proto-histoire » et d’une « pré-histoire » du graphisme définies précisément par cet épisode de l’apparition manifeste du texte. Les cinq mouvements de cette histoire seront définis de manière tout aussi prévisible et sans doute trop occidentalo-centrée, par l’apparition de la graphie il y a plusieurs dizaines de milliers d’années, l’apparition de l’inscrit il y a quelques milliers d’années, l’apparition du codex peu avant les débuts de notre ère, l’apparition de l’imprimerie au Quattrocento – presque en même temps que la perspective –, et consécutivement, l’apparition du style d’écriture très typographique dit du Romain3, il y a maintenant plus de cinq cents ans Fig. 8.

Fig. 9 On poursuivra, dans cette série à parution mensuelle, la construction du propos par associations libres en tentant de donner une certaine structure à ce qui sera d’abord un recueil d’antagonismes, une collecte polyphonique – en reprenant la charmante étymologie de la lecture, toujours parente de l’écriture4 – et une cueillette des matériaux des natures les plus diverses que l’auteur aura pu rencontrer – propositions artistiques, poétiques, anthropologiques, psychologiques, historiques, etc. Fig. 10

On s’entêtera, en se risquant aux à-peu-près et aux généralisations sans doute coupables de la méthode analogique et associative, à cultiver la contradiction énergétique dans la juxtaposition de ressources hétérogènes, en espérant, à l’ère de la toile numérique, à la fois donner des pistes pour éclairer le paysage composite de la question de la graphie avec l’apparition de l’écriture, et laisser assez d’espaces entre ces directions pour que le lecteur et la lectrice puissent envisager de nouvelles voies, découvrir de nouvelles perspectives Fig. 11.

Ce qui sera toujours appelé histoire fonctionnera de manière plus thématique que chronologique. Les différentes parties tenteront d’ouvrir des pistes sans avoir le temps et les capacités de véritablement développer les notions et les paysages envisagés. Ce qui devrait peut-être plutôt s’appeler un ouvroir, un catalogue ou un atlas, se contentera de dresser un panorama, d’esquisser une topologie Fig. 12.

Cette anti-méthode modeste de l’anachronisme, de la discontinuité, de la divergence, de ce que le typographe Pierre Faucheux a appelé à propos des images le dépaysement5 et le designer graphique Franco Grignani le traumatisme à propos de la vision6, prendra un tour particulier en traitant, grâce à des rapprochements plus ou moins contemporains, anciens, humains, scientifiques, poétiques, l’âge sans doute extrêmement hétérogène de l’écrit. L’écrit, cette invention visuelle qui a eu lieu au moins quatre fois, au sens strict, depuis le ive millénaire avant notre ère – en Mésopotamie, en Égypte, en Chine, en Méso-Amérique7 – et qui existe peut-être fondamentalement de façon latente depuis les premières articulations qui définissent ce que l’on appelle l’humanité Fig. 13.


Crédits

  • Auteur de la ligne : Thierry Chancogne

  • Équipe scientifique : Jérémy De Barros, Brice Domingues, Catherine Guiral et Laetitia Molinari

  • Relectrice : Stéphanie Geel

  • Équipe éditoriale Problemata : Camille Sansinena-Irribaren (Université Bourgogne Europe, assistante de publication), Marie Lejault (Problemata, ingénieur de recherche) et Catherine Geel (Ensad Nancy – CRD / Ens Paris-Saclay)

  • Nos remerciements à Julien Prévieux et Jean-Philippe Cléau.